Mon chemin vers l’abstraction

Pourquoi j’ai choisi la peinture abstraite : un chemin vers la liberté, l’imagination et la couleur

J’ai commencé à peindre très jeune. Pendant de nombreuses années, et jusqu’en 2019, je me suis consacrée essentiellement aux paysages et aux natures mortes.

J’aimais observer la nature, la retranscrire sur la toile, peindre des objets du quotidien, rechercher une belle lumière et construire des compositions équilibrées. Cette période a été essentielle dans mon apprentissage et m’a permis d’acquérir les bases qui me servent encore aujourd’hui.

Puis, progressivement, quelque chose a changé.

Je ressentais le besoin de peindre autrement. Non plus seulement ce que je voyais, mais ce que je ressentais.

Ce besoin ne s’est pas imposé du jour au lendemain. Il s’est construit au fil de mes lectures, de mes recherches sur l’histoire de l’art et de mes découvertes d’artistes qui ont profondément marqué ma manière de voir la peinture.

Une rencontre avec l’abstraction

Les lectures qui ont accompagné cette période n’ont pas fait de moi une peintre abstraite. Elles ont surtout mis des mots sur une évolution que je ressentais déjà intuitivement.

Dans Théorie de l’art moderne, Paul Klee écrit que :

« L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible. »


Cette phrase a profondément résonné en moi.

J’y ai trouvé une idée essentielle : la peinture ne se limite pas à reproduire fidèlement le réel. Elle peut révéler ce qui ne se voit pas immédiatement : une émotion, une énergie, une lumière, une sensation.

Avec Fonctions de la peinture, Fernand Léger m’a également amenée à réfléchir au rôle de l’art dans le monde moderne. La peinture n’est pas uniquement un objet décoratif. Elle peut participer à notre manière de regarder, de ressentir et de comprendre le monde qui nous entoure.

La lecture de Le paysage de Michaël Jakob a ensuite nourri ma réflexion sur la représentation du paysage.

J’ai compris qu’un paysage n’est pas seulement un lieu à représenter. Il est aussi une construction du regard, une rencontre entre un espace extérieur et une perception intérieure.

Cette idée a profondément résonné avec mon propre cheminement artistique.

Je ne cherche plus simplement à peindre un paysage, mais le souvenir, l’émotion ou l’atmosphère qu’il a laissés en moi.

Représenter fidèlement un lieu m’intéresse moins que d’en traduire la lumière, les couleurs, le silence ou une sensation difficile à exprimer avec des mots.

Mes paysages deviennent ainsi des interprétations, des visions personnelles où la réalité laisse progressivement place à l’imaginaire.

Les recherches de Kandinsky sur la force expressive des formes et des couleurs ont également accompagné cette évolution. Elles m’ont confortée dans l’idée qu’une œuvre peut toucher le spectateur sans forcément passer par une représentation identifiable.

Comprendre la démarche abstraite

Livres Rolina Van Vliet

Si ces lectures m’ont permis de réfléchir au rôle de l’art, les ouvrages de Rolina van Vliet m’ont aidée à comprendre plus concrètement la pratique de la peinture abstraite.

Elle explique que les qualités essentielles de cette démarche sont la créativité, l’expression, l’originalité et l’individualité.

Ces mots ont immédiatement trouvé un écho en moi.

Elle rappelle également qu’en peinture abstraite, l’artiste puise dans ses sentiments, son intuition et son imagination.

C’est précisément ce qui m’attirait.

L’abstraction demande une grande sincérité. Elle invite à chercher au plus profond de soi ce que l’on souhaite exprimer.

Elle ne cherche pas seulement à montrer le monde visible.

Elle ouvre une porte vers un monde intérieur.

Cette recherche se retrouve aujourd’hui dans mes œuvres abstraites, où la couleur, la matière et le mouvement deviennent les principaux moyens d’expression

L’abstraction comme espace de liberté et d’imagination

Aujourd’hui, nous vivons dans un monde où les images, les écrans et les informations défilent en permanence.

Tout est souvent expliqué, identifié, interprété avant même que nous ayons le temps de nous poser des questions.

Je crois profondément que l’art abstrait offre un espace différent.

Un espace où l’imagination retrouve sa place.

Une œuvre abstraite ne donne pas une réponse unique.

Elle invite chacun à construire sa propre interprétation.

À ralentir.

À observer.

À ressentir.

Chaque personne peut y voir une histoire différente, un souvenir, une émotion ou une sensation qui lui appartient.

C’est aussi pour cette raison que j’ai choisi cette voie.

Je n’ai pas envie de tout imposer au regardeur.

J’aime laisser une part de mystère et offrir un espace où chacun peut voyager avec sa propre sensibilité.

Les couleurs sont devenues mon langage

Cette évolution vers l’abstraction est intimement liée à mon rapport à la couleur.

À cette période, je me suis plongée dans des lectures consacrées à la couleur, notamment L’Art de la couleur de Johannes Itten et Le Petit Livre des couleurs de Michel Pastoureau.

Ces ouvrages m’ont permis de mieux comprendre les harmonies, les contrastes, mais aussi l’histoire des couleurs et leur influence sur notre perception du monde.

J’ai pris conscience que les couleurs qui nous entourent ne sont jamais anodines. Elles traduisent une époque, une culture, une manière de vivre. Elles influencent nos émotions, souvent sans que nous en ayons conscience.

Dans notre environnement quotidien, les palettes neutres occupent aujourd’hui une place importante. Les automobiles, la décoration, les vêtements ou encore l’architecture privilégient souvent les gris, les noirs, les beiges ou les tons sobres.

Je ne critique pas cette évolution, mais elle renforce mon envie de défendre une autre vision.

À travers ma peinture, j’ai choisi de redonner toute sa place à la couleur.

Non pas comme un simple élément décoratif, mais comme un véritable langage capable de transmettre une émotion, une énergie, une lumière ou une sensation.

J’aime l’idée qu’une toile puisse apporter une respiration, une parenthèse colorée dans un quotidien parfois très uniforme.

Petit à petit, les couleurs ont cessé d’être un simple élément de composition.

Elles sont devenues le véritable sujet de mes tableaux.

Aujourd’hui encore, elles guident chacune de mes créations.

La couleur est devenue mon langage.

Deux chemins, une même recherche

Je ne crois pas qu’il faille opposer peinture figurative et peinture abstraite.

Comme Nicolas de Staël, je ne les oppose pas. Ce sont deux écritures différentes, deux façons d’exprimer une émotion.

Certaines de mes œuvres prennent naissance dans le souvenir d’un paysage, d’une lumière ou d’une atmosphère. D’autres naissent sans point de départ identifiable.

Pourtant, leur intention reste la même : transmettre une émotion, laisser une place à l’imagination et inviter chacun à construire son propre regard.

Ce qui m’importe n’est pas de choisir entre le figuratif et l’abstrait.

C’est de créer une peinture qui fasse ressentir davantage qu’elle ne montre.

Une évidence

Pourquoi ai-je choisi la peinture abstraite ?

Parce qu’elle laisse une place à l’imagination.

Parce qu’elle invite chacun à construire son propre regard.

Parce qu’elle remet la couleur au cœur de nos émotions.

Parce qu’elle nous offre un instant de contemplation dans un monde où tout semble aller toujours plus vite.

Je ne peins pas seulement pour représenter le monde.

Je peins pour inviter chacun à le regarder autrement.

Merci d’avoir pris le temps de découvrir mon cheminement artistique. Je vous invite à poursuivre cette découverte à travers mes œuvres et mes autres articles de la rubrique Regards.

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